Psychologie, coté thanatopracteur

 

     Le thanatopracteur est un praticien qui aura réalisé avec succès un soin devant ses pairs, après avoir réussi un épreuve théorique portant sur différentes matières (Théorie des soins de conservation --- Anatomie et physiologie élémentaire : anatomies descriptives du corps humain --- Médecine légale --- Microbiologie, hygiène --- Toxicologie --- Histologie, anatomie pathologique --- Réglementation funéraire --- Gestion --- Sciences humaines de la mort.)

     Le thanatopracteur doit pouvoir faire face à toute situation, il n'est donc pas question de laisser ses sentiments de révolte ou son découragement prendre le dessus face à une situation exceptionnelle, un soin sur un enfant ou un accidenté qui demanderait un long travail de restauration. Cette capacité au discernement est en fait le garde-fou de sa santé mentale. C'est un homme, et à ce titre il a le droit d'être écoeuré, mais cela ne doit pas influencer son travail.

     Il doit pouvoir prendre le temps nécessaire à toute réflexion devant une difficulté qui se présente à lui, et prendre les mesures adéquates en fonction de la situation (chaque cas est différent).

     Il doit aussi pouvoir se préserver des espaces physiques et temporels afin de se ressourcer, de refaire le plein d'énergie, car il en dépense énormément.

     Le thanatopracteur doit être capable de saisir, dans les yeux des proches du défunt, cette lueur de soulagement que l'on peut lire après avoir effectué un bon travail, cette récompense suprême (cela n'engage que moi) fait partie de son but à atteindre, et il doit tout faire pour l'obtenir.

     Comme le commercial il va de place en place et n'a point d'horaire, comme le déménageur il est appelé à soulever des poids lourds, comme le chirurgien qui sort fatigué d'une opération il sort affaibli d'un soin. Bref, être thanatopracteur n'est pas de tout repos.

     "Porter la main ou l'outil sur le cadavre est un geste lourd de conséquences. S'il est louable de penser aux familles, il n'en est pas moins nécessaire de penser au thanatopracteur. Nos gestes professionnels ne nous laissent jamais tout à fait indemnes dans notre sensibilité et dans notre inconscient. La thanatopraxie peut épanouir son homme si celui-ci se hisse suffisamment au dessus de la trop simple dimension technique." Paul CLERC (F.M. N°67 Juin 1996 p.30)

     Si "l'instrument" eût été plus approprié que "l'outil", ces paroles se passent toutefois de commentaires.