LA THANATOPRAXIE
Chaque ethnie prend en charge et en considération ses défunts, d’une façon qui lui est propre, ainsi, a-t-on vu apparaître en France une nouvelle profession, celle de thanatopracteur.
La thanatopraxie, effectivement arrivée en France au
début des années soixante, est donc une jeune profession, mais son activité
n’en n’est pas moins en constante progression, si seuls quelques quatre cents
soins de conservation furent réalisés en 1963, actuellement, en l’absence de
chiffres issus de réelles études, il est raisonnable d’estimer le taux de décès
traités à 40-50 %, ce taux étant extrêmement variable en fonction des us et
coutumes locaux.
Cette activité a plusieurs finalités dont les
principales sont de permettre aux proches la ré-appropriation du défunt,
d’apporter un certain confort non négligeable aux familles endeuillées, la
restauration de la dignité de la dépouille mortelle et sa ré-humanisation, et
une asepsie de la dépouille.
Les soins de conservation sont réalisés par des hommes
de l’art (profession artisanale inscrite au Registre des Métiers) détenteurs
d’un savoir technique spécifique, qui s’astreignent à une déontologie de
service et de respect au cours de leur activité de service public.
Ces personnels sont soumis à une réglementation
stricte, pour exercer, ils doivent en effet être titulaires du diplôme national
de thanatopraxie et d’une habilitation préfectorale, de plus, et cela parfois
peut porter préjudice au caractère d’urgence de l’intervention du
thanatopracteur dans certains cas, les soins ne peuvent être réalisés qu’après
l’obtention d’une autorisation municipale qui doit être délivrée au préalable.
En dépit du manque de concertation des différentes écoles et d’uniformisation des programmes d’enseignement (hormis les 150 heures de théorie et 100 opérations sous l’égide d’un praticien diplômé, définies en Conseil d’Etat), les praticiens s’efforcent de donner le meilleur d’eux-mêmes afin de ne pas trahir l’identité du défunt qui leur est confiée.
On observe aussi une féminisation de la profession depuis quelques années, ce qui peut être un bien car la sensibilité accrue de la gente féminine permet aux femmes qui pratiquent ce métier de parfaire les finitions d’une façon plus réaliste et plus fine que ne le ferait un homme.
Les soins de conservation ne doivent pas être réservés
aux cas dits « extrêmes » dans les cas d’exposition prolongée et/ou
de mauvais état de la dépouille, en effet, leur apport sociologique est non
négligeable en ce sens qu’ils permettent ; outre la restauration de la
dignité du défunt et une reconnaissance de celui-ci par ses proches dans des
conditions moins traumatisantes (gommage du masque morbide et/ou des stigmates
de souffrances ou de mutilations) ; aux familles, de nos jours de plus en
plus éclatées et géographiquement dispersées, de pouvoir à nouveau se réunir et
veiller dignement le défunt dans des conditions sanitaires plus sûres.
Au cours des siècles précédents, les familles
restaient unies dans un espace géographique restreint, ce qui permettait entre
autre, lors d’un décès, que celle-ci se réunisse au plus grand complet, veille
le défunt, et lui rende un dernier hommage avant son inhumation, généralement
précipitée, du fait de l’absence de moyens de conservation.
Par la suite, avec l’apparition de l’ère industrielle
et l’exode rural, les familles se dispersèrent et s’éclatèrent, mais les moyens
de conservation ne permettaient pas encore la réunion de la totalité des
personnes endeuillées. Les recompositions de cellules familiales conséquentes à
la légalisation de l’acte du divorce ne firent qu’accentuer les difficultés de
réunion et de veille des défunts.
L’apparition des moyens de conservation, et en
particulier la pratique de la thanatopraxie permet une inhumation différée et
de là, la possibilité de réunir toutes les personnes concernées par la
disparition d’un être cher.
Il faut aussi prendre en compte que la thanatopraxie
permet le transport des corps dans des délais allongés, puisque dans le cas de
transport avant mise en bière, le délai imparti passe de 24 à 48 heures avec la
pratique des soins de conservation, ainsi, lorsque le décès intervient au cours
d’un déplacement (de plus en plus facile et fréquent du fait de la
modernisation des moyens de transports et d’hébergement) il est désormais
possible aux familles de faire ramener la dépouille mortelle et de rendre un
dernier hommage au défunt par un contact direct, physique ou visuel, et non
plus un recueillement devant un cercueil clos et relativement impersonnel.
Cet aspect du rituel du deuil (la veillée prolongée du
défunt) que notre peuple avait en grande partie perdu procédant à une
inhumation dans l’urgence, peut enfin être retrouvé grâce à l’intervention du
thanatopracteur, qui permet aussi une relative
« tranquillisation » des endeuillés.
La thanatopraxie, de par l’allongement des délais
d’inhumation qu’elle rend possible, permet une gestion facilitée de la mise en
place et de la coordination des différents intervenants lors de l’organisation
des funérailles, tant au niveau des infrastructures (comme par exemple
l’attente au crématorium, de parfois plusieurs jours, pour pouvoir effectuer
une crémation), qu’au niveau des autorités chargées de la surveillance des
opérations funéraires, voire même des ministres du culte (car il est maintenant
fréquent de voir un prêtre en charge de plusieurs paroisses, ce qui n’est pas
sans poser de problèmes de disponibilité).
Mais cette technique n’est pas sans générer d’autres
contraintes et problèmes, en effet, depuis le début de l’année 2000,
l’uniformisation européenne impose aux thanatopracteurs le traitement des
déchets, tant solides que liquides, qu’ils génèrent, par une filière
d’élimination conforme à celles qui sont définies par un décret du Conseil
d’Etat, impliquant collatéralement l’application d’une réglementation
concernant les transports de ces déchets, appelés DASRI pour Déchet d’Activité
de Soin à Risque Infectieux.
La thanatopraxie peut aussi, lorsqu’elle n’est pas
correctement effectuée, impliquer des problèmes de rotation dans les cimetières
du fait de l’incorruptibilité de certains corps dont le traitement n’aurait pas
été adapté, faisant obstacle à la réduction du corps et par voie de
conséquence, à la reprise de la concession par la commune.
Car il ne faut pas perdre de vue que ces soins ont
pour but une conservation temporaire et non pas un « embaumement »
définitif. Aussi est-il important de bien informer les familles sur ce
caractère temporaire de cette intervention.
La thanatopraxie apparaît donc comme une branche à
part entière du funéraire, à l’instar de la pompe funèbre et de la marbrerie,
il faut en effet prendre en compte le rôle réel et parfois prépondérant de la
thanatopraxie, en tant qu’identité (professionnel habilité), de service public
(dans certains cas légaux et de par son action sanitaire), et technique (c’est
à l’heure actuelle la seule formation funéraire qui soit sanctionnée par un
diplôme national reconnu par les autorités de tutelle), c’est donc un
partenaire du funéraire qui mérite toute notre considération, car alors que
l’on assiste à la re-ritualisation du deuil, il est incontournable de passer
par la thanatopraxie afin de permettre aux familles endeuillées d’effectuer
leur travail psychologique du deuil dans de meilleures conditions sanitaires,
humanisées et de reconnaissance du défunt, indispensables à ce travail.
Louis-Vincent THOMAS disait d’ailleurs que l’intention
d’une thanatopraxie bien comprise était de ré-humaniser l’approche entre les
morts et les vivants.
Thanatos.